La décision des autorités sénégalaises d’autoriser plusieurs navires industriels à opérer dans les eaux côtières suscite une vive colère parmi les acteurs de la pêche artisanale. Au Sénégal, la Coalition nationale pour une pêche durable dénonce une mesure qu’elle juge dangereuse pour les ressources halieutiques et l’avenir du secteur.

Dans un arrêté signé le 30 avril dernier, le ministère des Pêches a accordé des licences à cinq navires industriels pour exploiter la zone démersale côtière, une bande maritime peu profonde proche du littoral. Pourtant, les licences de pêche industrielle dans cette zone étaient gelées depuis 2006 afin de protéger les ressources marines et préserver l’activité des pêcheurs artisanaux. Face aux critiques, la ministre de la Pêche, Fatou Diouf, affirme avoir pris cette décision sur la base des conclusions du dernier rapport du Centre de recherche océanographique de Dakar-Thiaroye (CRODT). Selon elle, certaines espèces présentes dans la zone côtière montrent encore une disponibilité estimée à près de 3 000 tonnes exploitables. La ministre précise également que les cinq navires concernés auront l’obligation d’approvisionner exclusivement le marché national afin de contribuer à la sécurité alimentaire du pays. Mais pour les organisations de pêche artisanale, cette justification ne suffit pas. La Coalition nationale pour une pêche durable estime que la zone côtière reste globalement surexploitée et que l’introduction de nouveaux chalutiers industriels risque d’aggraver la pression sur les stocks déjà fragilisés.
Les professionnels du secteur rappellent notamment qu’il est impossible pour les navires industriels de cibler uniquement les espèces encore disponibles sans capturer également des espèces déjà menacées par la surexploitation. Dans une note publiée en mars 2026, le CRODT lui-même soulignait que l’exploitation des ressources non surexploitées « nécessite beaucoup de précaution et des mesures d’accompagnement strictes ». Pour Mohamed Sylla, cette décision représente un risque majeur pour l’écosystème marin. Selon lui, même lorsqu’un navire vise une espèce abondante, les techniques de pêche utilisées entraînent inévitablement des captures accessoires d’espèces fragiles déjà en déclin. Les pêcheurs artisanaux demandent désormais au gouvernement de revenir sur cette autorisation et d’ouvrir des concertations avec les acteurs du secteur. Ils plaident pour des mesures de régénération des stocks de poissons ainsi qu’une meilleure organisation de la filière, notamment du transport des produits halieutiques vers l’intérieur du pays, afin de garantir un accès équitable à cette ressource essentielle pour les populations sénégalaises, rapporte Rfi.
Norbert MEGAN YAOVI