La Turkey souhaite consolider sa coopération énergétique avec l’Algeria. À l’occasion de la visite d’État du président Abdelmadjid Tebboune à Ankara, le ministre turc de l’Énergie, Alparslan Bayraktar, a affiché l’ambition de son pays : renouveler et élargir le contrat d’approvisionnement en gaz naturel liquéfié conclu entre la société publique turque BOTAŞ et le groupe algérien Sonatrach.
L’accord actuel, signé à la fin des années 1980 puis reconduit à plusieurs reprises, arrive à échéance en septembre 2027. Ankara espère désormais conclure un nouveau partenariat avant la fin de l’année 2026, avec des volumes revus à la hausse. Les autorités turques souhaitent augmenter les importations annuelles de gaz naturel liquéfié algérien de 4,4 à 6,5 milliards de mètres cubes. Le futur contrat pourrait s’étendre sur une période comprise entre cinq et dix ans.
À travers cette stratégie, Ankara cherche à se différencier des partenaires européens de l’Algérie. Selon Alparslan Bayraktar, plusieurs pays européens hésitent à signer des engagements énergétiques de longue durée en raison des objectifs climatiques et des politiques de décarbonation mises en place sur le continent. Cette prudence européenne ouvre une fenêtre d’opportunité pour la Turquie, qui entend sécuriser ses approvisionnements énergétiques tout en renforçant sa position géopolitique dans la région.
Le GNL algérien au cœur des ambitions énergétiques turques
Si le nouvel accord aboutit, le gaz naturel liquéfié algérien pourrait représenter près de 30 % des importations turques de GNL. Une perspective qui souligne l’importance stratégique d’Alger pour la sécurité énergétique de la Turquie. Dans un contexte mondial marqué par les tensions sur les marchés de l’énergie et la diversification des fournisseurs, l’Algérie apparaît comme un partenaire de plus en plus convoité grâce à ses importantes réserves gazières et à sa proximité avec l’Europe et le bassin méditerranéen.
Les discussions entre les deux pays ne se limitent pas au commerce du gaz. Des négociations sont également en cours entre Turkish Petroleum et Sonatrach autour de projets d’exploration offshore dans les eaux algériennes. La Turquie envisage de mobiliser ses navires de forage et ses équipements sismiques afin de participer à la recherche de nouveaux gisements pétroliers et gaziers. Cette coopération pourrait renforcer davantage les liens économiques et technologiques entre Ankara et Alger.
La Turquie veut aussi devenir une plateforme énergétique régionale
Au-delà de ses propres besoins, Ankara ambitionne de jouer un rôle clé dans la redistribution du gaz vers l’Europe du Sud-Est. Les autorités turques envisagent notamment de réexporter une partie du GNL algérien après regazéification via la Bulgaria. Le corridor énergétique bulgare dispose actuellement d’une capacité de 3,5 milliards de mètres cubes par an, susceptible d’être augmentée grâce à de futurs investissements européens. Cette stratégie confirme la volonté de la Turquie de s’imposer progressivement comme un hub énergétique régional reliant les producteurs d’Afrique du Nord aux marchés européens.
La visite d’Abdelmadjid Tebboune à Ankara a également permis de lancer des discussions autour d’un accord commercial préférentiel entre les deux pays. La Turquie et l’Algérie affichent l’objectif ambitieux d’atteindre 10 milliards de dollars d’échanges commerciaux d’ici 2030. Dans ce contexte, le futur contrat gazier entre BOTAŞ et Sonatrach pourrait devenir l’un des piliers majeurs du rapprochement stratégique entre les deux puissances méditerranéennes.
À travers ce rapprochement, Ankara et Alger renforcent une coopération qui dépasse désormais le simple cadre commercial. Sécurité énergétique, influence régionale et accès aux marchés européens sont au cœur de cette dynamique. Alors que l’Europe redéfinit progressivement sa politique énergétique, la Turquie tente de profiter de cette transition pour consolider sa place dans les équilibres énergétiques du futur.