Les tensions entre les Philippines et la Chine connaissent un nouvel épisode en mer de Chine méridionale. Les autorités philippines accusent Pékin d’avoir installé une plateforme flottante à proximité du récif de Scarborough, un atoll stratégique et riche en ressources naturelles, au cœur d’un différend territorial de longue date entre les deux pays.
Selon les autorités de Manille, une structure flottante d’environ six mètres sur six, équipée d’une antenne et occupée par des ressortissants chinois, a été repérée à la fin du mois de mai grâce à des images satellites. Bien que la plateforme ait depuis été retirée, sa présence a suscité de vives inquiétudes aux Philippines ainsi qu’aux États-Unis, allié historique de Manille. Le récif de Scarborough, situé à un peu plus de 200 kilomètres des côtes philippines, est revendiqué à la fois par les Philippines, Taïwan et la Chine. Depuis les incidents survenus en 2012, Pékin exerce un contrôle de fait sur l’accès à cette zone maritime disputée, en y maintenant une présence régulière de ses garde-côtes et de ses navires.
Face aux accusations philippines, des chercheurs de l’Académie chinoise des sciences ont affirmé que la structure avait une vocation exclusivement scientifique. Selon eux, elle servait à mener des études sur les récifs coralliens de l’atoll et ne constituait en aucun cas une installation à caractère militaire ou permanent. Les autorités philippines restent toutefois sceptiques. Elles estiment que cette initiative pourrait marquer une nouvelle étape dans la stratégie chinoise visant à renforcer durablement sa présence autour du récif de Scarborough. La mer de Chine méridionale demeure l’un des principaux foyers de tensions géopolitiques en Asie. Pékin revendique près de 90 % de cette vaste zone maritime, malgré une décision rendue en 2016 par la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, qui avait donné raison aux Philippines en invalidant les revendications chinoises fondées sur la « ligne en neuf traits ».
La Chine continue néanmoins de considérer le récif de Scarborough comme une partie intégrante de son territoire et a multiplié ces dernières années les patrouilles maritimes dans la région. Pékin a également construit plusieurs îles artificielles dans les eaux contestées, renforçant ainsi son influence stratégique. Pour l’heure, la Chine n’a toutefois pas franchi ce que Washington considère comme une ligne rouge : la transformation du récif de Scarborough en base militaire permanente. Une telle évolution pourrait accentuer davantage les tensions dans cette zone hautement sensible du Pacifique occidental, rapporte Rfi.
Norbert MEGAN YAOVI