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Tchad : 25 morts dans des affrontements entre éleveurs et agriculteurs

Un conflit autour d’un point d’eau a dégénéré en violences meurtrières dans le sud-ouest du pays, faisant également 22 blessés. Trente-neuf personnes ont été interpellées, tandis que des experts appellent à une réponse durable face à la recrudescence de ces affrontements.

Le sud-ouest du Tchad a été le théâtre de violents affrontements intercommunautaires le vendredi 30 octobre 2026. Au moins 25 personnes ont perdu la vie et 22 autres ont été blessées lors d’un conflit opposant des éleveurs de la communauté Kreda à des agriculteurs de la communauté Kouka, sur fond de rivalités autour de l’accès à l’eau.

À l’origine des violences, un différend survenu dans la zone de Koula, lorsqu’un éleveur de la communauté Kreda s’est rendu auprès d’un étang pour y abreuver son bétail. Une altercation l’a alors opposé à un agriculteur de la région, membre de la communauté Kouka. La situation a rapidement dégénéré après que l’éleveur a sorti une arme et tiré sur le pied de son interlocuteur. Cet incident a déclenché des échanges de tirs entre les deux communautés. Le bilan fait état de 25 morts et de 22 blessés, évacués vers l’hôpital de Ngoura.

La circulation des armes, un facteur aggravant

Ces violences s’inscrivent dans un contexte récurrent de conflits entre agriculteurs et éleveurs au Tchad. Leur caractère de plus en plus meurtrier préoccupe les spécialistes, qui pointent notamment la circulation des armes à feu parmi les populations civiles. Pour le Dr Yamingué Betinbaye, politologue spécialiste des conflits au Tchad, la détention d’armes de guerre par des civils renforce leur sentiment de puissance et favorise l’escalade des tensions. Lorsqu’un affrontement éclate, chaque camp mobilise les armes dont il dispose, ce qui contribue à alourdir rapidement le bilan humain.

Bourdjolbo Tchoubida, docteur en sciences politiques et spécialiste du Tchad, évoque également les liens entre certains éleveurs et des acteurs des milieux militaires. Selon lui, des responsables administratifs et militaires affectés dans des zones reculées investissent parfois dans l’élevage, confiant leurs troupeaux à des bouviers armés. Une situation susceptible de renforcer les capacités de mobilisation et de confrontation de certains groupes. À cela s’ajoute le rôle du téléphone portable, qui facilite la mobilisation rapide des membres des communautés. Des proches peuvent ainsi parcourir à moto jusqu’à une centaine de kilomètres pour rejoindre les affrontements, amplifiant leur ampleur.

L’État appelé à privilégier une réponse durable

L’intervention des forces de sécurité a permis de maîtriser la situation. Selon le ministère de l’Administration du territoire, 39 personnes ont été interpellées et transférées à N’Djamena pour la suite de la procédure judiciaire. Une délégation gouvernementale composée de plusieurs ministres s’est également rendue sur les lieux le samedi 31 octobre. Toutefois, les experts estiment que ces interventions ponctuelles ne suffisent pas à prévenir durablement de nouvelles violences. Ils plaident pour une stratégie nationale visant à traiter les causes profondes des conflits et à renforcer les mécanismes de prévention et de médiation.

Le Dr Yamingué Betinbaye propose notamment de responsabiliser davantage la Médiature de la République, avec l’appui du ministère chargé de l’Administration du territoire, afin d’élaborer et de mettre en œuvre un plan global de prévention. L’urgence est d’autant plus grande que la pression sur les ressources naturelles s’accentue. Le déficit de précipitations enregistré cette année a réduit les réserves d’eau disponibles, exacerbant la concurrence entre les éleveurs et les agriculteurs. Dans ce contexte, la prévention des conflits liés à l’accès à l’eau et aux terres apparaît comme un enjeu majeur pour la stabilité des communautés rurales tchadiennes, rapporte Nasuba.

Norbert MEGAN YAOVI

redacteur3.0

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