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‎Bahreïn : La chasse aux espions tourne à la répression

Dans un contexte de tensions accrues entre l’Iran et les monarchies arabes du Golfe, les autorités de plusieurs pays de la région ont intensifié leurs opérations contre des réseaux présumés liés à Téhéran. Au Bahreïn, cette campagne sécuritaire soulève toutefois de vives inquiétudes parmi les organisations de défense des droits humains, qui dénoncent des dérives répressives.

‎Mardi 15 juillet, la justice bahreïnienne a condamné trois personnes à la réclusion à perpétuité pour avoir, selon les autorités, collaboré avec les Gardiens de la révolution, l’armée idéologique de la République islamique d’Iran. Dix autres accusés ont écopé de peines allant jusqu’à cinq ans de prison. Ces condamnations s’inscrivent dans une vaste série d’arrestations menées depuis le début des hostilités dans la région. ‎Le gouvernement bahreïnien affirme agir pour préserver la sécurité nationale face à la menace d’infiltration iranienne. Les personnes visées sont accusées de transmettre des informations sensibles susceptibles de porter atteinte à la stabilité du royaume.

‎Cependant, les méthodes employées par les autorités font l’objet de critiques croissantes. Le 27 avril dernier, un communiqué officiel annonçait la déchéance de nationalité de 69 personnes, accusées de « porter atteinte aux intérêts du royaume » ou d’avoir manqué à leur devoir de loyauté envers l’État. ‎Pour Sayed Ahmed Al Wadaei, directeur du plaidoyer à l’Institut de Bahreïn pour les droits et la démocratie (BIRD), ces accusations ne reposent pas toujours sur des fondements crédibles. Selon l’organisation, près de la moitié des personnes concernées par cette mesure étaient des mineurs. « Parmi les 69 personnes déchues de leur nationalité, 33 étaient des enfants. Le plus jeune n’avait que quelques jours. Cela montre jusqu’où les autorités sont prêtes à aller », affirme-t-il. ‎L’Institut indique également avoir recensé plus de 500 arrestations depuis le début du conflit et documenté plusieurs cas présumés de mauvais traitements en détention. L’un des dossiers les plus sensibles concerne Sayed Mohamed Almosawi, un commerçant de 32 ans et ancien prisonnier politique, décédé après neuf jours de détention.

‎Selon les défenseurs des droits humains, des traces de coups et des ecchymoses auraient été relevées sur son corps. « Toute personne accusée d’espionnage au profit d’un État étranger doit bénéficier d’un procès équitable. Torturer quelqu’un jusqu’à la mort ne relève pas du comportement d’un État de droit », dénonce Sayed Ahmed Al Wadaei. ‎L’affaire met en lumière les tensions persistantes qui traversent la société bahreïnienne. Comme de nombreux citoyens du royaume, Sayed Mohamed Almosawi appartenait à la communauté chiite et possédait des origines iraniennes. Pour les organisations de défense des droits humains, ces caractéristiques constituent souvent des facteurs de vulnérabilité dans un pays gouverné par une monarchie sunnite. Alors que les autorités justifient leurs actions par des impératifs de sécurité nationale, les critiques estiment que la lutte contre l’influence iranienne sert également de prétexte à une répression plus large de l’opposition et des voix dissidentes. Une situation qui continue d’alimenter les inquiétudes de la communauté internationale quant au respect des droits fondamentaux dans le royaume, rapporte Rfi. ‎

redacteur3.0

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