Le procès de quatre militaires indonésiens accusés d’avoir perpétré une violente attaque à l’acide contre un défenseur des droits de l’homme s’est ouvert cette semaine devant un tribunal militaire à Jakarta. Les procureurs ont requis une peine de deux ans et demi d’emprisonnement contre chacun des accusés.

Les faits remontent au 12 mars 2026. Ce jour-là, Andrie Yunus, militant des droits humains et membre de l’organisation de la société civile KontraS, a été attaqué alors qu’il circulait à moto. Des individus roulant en sens inverse lui ont jeté de l’acide au visage, lui causant de graves blessures. Toujours hospitalisé en soins intensifs plusieurs mois après l’agression, il a notamment perdu l’usage d’un œil. Lors de l’audience, les procureurs militaires ont soutenu que les quatre soldats avaient agi par vengeance personnelle et sans instruction de leur hiérarchie. Selon eux, leur comportement a porté atteinte à l’image et à la réputation de l’armée indonésienne. Une version fermement contestée par KontraS. Pour Nadine Sherani, chargée du plaidoyer international au sein de l’organisation, cette thèse ne résiste pas à l’examen des faits. Elle affirme que l’attaque aurait impliqué au moins seize personnes, participant à différents niveaux à sa préparation, à sa surveillance, à son financement et à son exécution.
Selon l’organisation, l’agression aurait été minutieusement planifiée pendant plusieurs mois. « La vengeance comme mobile est totalement fausse », soutient Nadine Sherani, qui estime que l’affaire dépasse largement les responsabilités individuelles retenues par l’accusation. Pour les proches de la victime, l’attaque serait directement liée à l’engagement politique d’Andrie Yunus. Le militant s’était notamment opposé à ce qu’il considérait comme une militarisation croissante du pouvoir en Indonésie. L’année précédente, il avait participé à des manifestations contre des amendements à la loi sur les forces armées, jugés favorables à un renforcement de l’influence militaire dans les institutions civiles. Face à ce qu’ils considèrent comme une tentative de minimiser l’ampleur de l’affaire, les soutiens du militant réclament que le dossier soit transféré devant une juridiction civile. Ils estiment qu’un procès militaire risque de conduire à l’impunité et de ne pas permettre d’établir toutes les responsabilités dans cette attaque qui a profondément choqué l’opinion publique. Alors que le procès se poursuit, cette affaire relance le débat sur la place de l’armée dans la vie politique indonésienne et sur les garanties de protection accordées aux défenseurs des droits humains dans le pays, Rfi.
Norbert MEGAN YAOVI