Au Japon, la décision d’une maire de prendre un congé maternité en plein mandat suscite une vive controverse et alimente un débat national sur la conciliation entre vie politique et maternité dans un pays encore marqué par de fortes inégalités de genre.
Shoko Kawata, 35 ans, maire de la ville de Yawata, près de Kyoto, a choisi de s’absenter temporairement pour congé maternité. Une décision inédite pour une élue locale japonaise, prise en dehors de tout cadre juridique spécifique, aucune disposition n’étant prévue dans la législation pour les responsables politiques de ce niveau. Si les fonctionnaires japonais bénéficient de droits au congé maternité, les élus locaux, eux, ne disposent pas de règles encadrant ce type d’absence. Ce vide juridique place la situation de Shoko Kawata dans une zone grise, qui a rapidement suscité des réactions contrastées. La maire affirme espérer que son choix ouvre la voie à une évolution du système et contribue à normaliser la maternité dans la vie politique. Ses soutiens estiment qu’en assumant publiquement cette décision, elle envoie un signal fort en faveur d’une meilleure représentation des femmes en politique et d’une société plus favorable à la parentalité.
Mais la décision ne fait pas l’unanimité. Certains critiques jugent qu’un responsable public ne devrait pas s’éloigner de ses fonctions, même temporairement, et réclament que les élus en congé prolongé démissionnent ou voient leur rémunération suspendue. Cette affaire intervient dans un contexte plus large de réflexion sur la place des femmes dans la société japonaise. Elles ne représentent qu’environ 15 % des députés à la Chambre des représentants, un chiffre révélateur des inégalités persistantes dans la sphère politique. Le débat s’inscrit également dans les efforts des autorités pour enrayer la chute de la natalité, l’une des plus faibles au monde. Le gouvernement japonais multiplie les initiatives visant à soutenir les familles et encourager les projets de mariage et de parentalité. Dans ce contexte, la Première ministre Sanae Takaichi a réaffirmé sa volonté de renforcer les politiques familiales et d’améliorer les conditions d’éducation des enfants, alors que le Japon fait face à un déclin démographique structurel, rapporte Rfi.
Norbert MEGAN YAOVI