Une part importante des jeunes diplômés marocains exerce un métier qui ne correspond pas à son niveau d’études. Selon un rapport de la Banque mondiale, le phénomène de surqualification s’est fortement accentué ces dernières années, révélant les difficultés du marché de l’emploi à absorber les nouveaux diplômés.
Au Maroc, le niveau de formation des jeunes progresse plus rapidement que les opportunités d’emploi correspondant à leurs qualifications. C’est l’un des principaux constats d’un récent rapport de la Banque mondiale consacré à la croissance et aux perspectives d’emploi dans le royaume. Selon les données analysées par l’institution à partir des statistiques du Haut-Commissariat au Plan (HCP), 43 % des diplômés de l’enseignement supérieur âgés de 25 à 34 ans occupent un emploi dont le niveau de qualification est inférieur à leur formation. Un phénomène qui traduit un décalage croissant entre les compétences disponibles sur le marché et les emplois proposés.
Une surqualification en forte progression
Le rapport souligne que le taux de surqualification a progressé de 9 points en l’espace de sept ans. La situation apparaît encore plus préoccupante chez les diplômés issus de la formation professionnelle et technique, pour lesquels le taux atteint 70 %. Cette inadéquation entre formation et emploi peut avoir des conséquences importantes sur les jeunes travailleurs. Elle peut notamment alimenter la frustration, réduire les perspectives d’évolution professionnelle et donner le sentiment que les années consacrées aux études ne débouchent pas sur des emplois à la hauteur des qualifications acquises. Cette situation avait notamment été mise en avant par des manifestants du mouvement GenZ212, apparu à l’automne dernier, qui dénonçaient plusieurs difficultés sociales et économiques rencontrées par la jeunesse marocaine.
Davantage de diplômés, mais pas suffisamment d’emplois qualifiés
Le problème s’explique également par l’augmentation continue du nombre de diplômés de l’enseignement supérieur. Par rapport à 2015, le Maroc compte désormais environ 40 000 diplômés supplémentaires chaque année. Or, la création d’emplois qualifiés ne semble pas progresser au même rythme. Le décalage entre l’offre de compétences et les besoins du marché du travail conduit ainsi une partie des jeunes diplômés à accepter des postes qui exigent un niveau de formation inférieur au leur. Cette situation intervient alors que le Maroc connaît une transformation importante de son économie. Le royaume s’est imposé comme une puissance industrielle majeure sur le continent africain, notamment grâce au développement de secteurs comme l’automobile, l’aéronautique et les industries manufacturières.
Un défi qui dépasse les frontières marocaines
La surqualification des jeunes diplômés n’est toutefois pas propre au Maroc. Le phénomène concerne plusieurs pays africains, même si son ampleur reste parfois difficile à mesurer avec précision en raison des différences de méthodes statistiques. En Europe également, la question demeure préoccupante. L’Espagne figure parmi les pays les plus touchés par la surqualification, avec environ 35 % de la population active concernée. Pour le Maroc, les données de la Banque mondiale mettent ainsi en évidence un défi majeur : parvenir à transformer l’augmentation du niveau d’éducation de sa jeunesse en emplois qualifiés et suffisamment nombreux. Un enjeu déterminant pour réduire la frustration des jeunes et mieux faire correspondre les besoins de l’économie avec les compétences disponibles, rapporte Rfi.
Norbert MEGAN YAOVI