Le président birman Min Aung Hlaing a entamé, ce lundi, une visite d’État de cinq jours en Chine à l’invitation du président chinois Xi Jinping. Il s’agit de sa première visite bilatérale officielle depuis son accession au pouvoir en avril dernier, à l’issue d’élections vivement contestées par l’opposition et dénoncées par plusieurs observateurs internationaux.
Ce déplacement constitue une étape importante pour le dirigeant birman, confronté à un isolement diplomatique croissant et à une guerre civile persistante dans son pays. Depuis son arrivée au pouvoir, Min Aung Hlaing s’est largement appuyé sur le soutien de Pékin, qui demeure son principal partenaire politique, économique et militaire. La visite devrait s’articuler autour de trois grands enjeux. Sur le plan politique, le chef de la junte cherche à renforcer sa légitimité sur la scène internationale et à rompre son isolement. Sur le plan économique, il entend consolider les échanges avec la Chine, premier partenaire commercial de la Birmanie. Enfin, les questions sécuritaires occuperont également une place centrale dans les discussions. Selon Christian Lechervy, ancien ambassadeur de France à Rangoun et ancien envoyé spécial pour la Birmanie, la situation à la frontière commune constitue une priorité. « Ces dernières années, plusieurs groupes armés, notamment les Kachins, ont pris le contrôle de territoires situés le long de la frontière chinoise. L’objectif est donc de rétablir la fluidité des échanges commerciaux dans cette zone stratégique », explique-t-il.
Les deux pays devraient également aborder les grands projets d’infrastructures reliant le sud-ouest de la Chine à l’océan Indien. Ces corridors de transport revêtent une importance majeure pour Pékin, notamment parce qu’ils accueillent des oléoducs et des gazoducs permettant d’acheminer des ressources énergétiques tout en évitant le détroit de Malacca, passage maritime considéré comme stratégique. Par ailleurs, la stabilité du territoire birman est perçue comme essentielle au développement de nombreux projets économiques, notamment dans les secteurs de l’extraction des ressources naturelles et de l’hydroélectricité, dont le potentiel est considérable. Les intérêts chinois s’étendent ainsi de la frontière sino-birmane jusqu’aux zones maritimes du pays. Une influence grandissante qui suscite l’inquiétude des opposants au régime, lesquels dénoncent une emprise croissante de Pékin sur la Birmanie et une atteinte sans précédent à la souveraineté nationale, rapporte Rfi.
Norbert MEGAN YAOVI