Le gouvernement militaire nigérien poursuit son recentrage sur la souveraineté nationale avec une vaste réorganisation du paysage des ONG. Près de 2 900 organisations ont été suspendues dans un contexte de durcissement réglementaire dans le Sahel.
Au Niger, les autorités militaires ont annoncé la suspension des activités de 2 900 organisations non gouvernementales et agences de développement, sur un total initial de 4 700 structures enregistrées. À l’issue de cette décision, le pays ne compte désormais plus que 1 800 ONG actives, selon une déclaration du ministre de l’Intérieur, le général Mohamed Toumba, diffusée à la télévision d’État. Cette mesure s’inscrit dans une opération présentée comme un “assainissement” du secteur, avec pour objectif affiché de renforcer le contrôle de l’État sur les acteurs du développement.
Une politique axée sur la souveraineté nationale
Depuis l’arrivée au pouvoir du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie en juillet 2023, dirigé par le général Abdourahmane Tiani, la souveraineté nationale est devenue un axe central de la politique publique. Les autorités reprochent régulièrement à certaines ONG un manque de transparence dans la gestion de leurs ressources, ainsi que des manquements administratifs, notamment liés à la publication des états financiers. Le gouvernement accuse également certaines organisations de soutenir indirectement des groupes armés qualifiés de “terroristes”, actifs dans plusieurs zones du pays. Cette orientation s’inscrit dans une dynamique régionale partagée avec le Burkina Faso et le Mali, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). Ces pays, également dirigés par des régimes militaires, renforcent progressivement le contrôle des ONG et des acteurs internationaux du développement. Au Burkina Faso, les autorités ont récemment adopté une législation encadrant strictement les associations. Plus de 100 ONG ont été dissoutes l’année dernière, dont certaines actives dans les droits humains, et plus de 300 organisations ont été concernées par de nouvelles restrictions ces derniers jours.
Une remise en cause du rôle des ONG dans le développement
Au Niger, les ONG et associations jouent un rôle économique important. Selon les chiffres officiels, elles ont mobilisé plus de 250 milliards de francs CFA en 2024, soit environ 448 millions de dollars, pour financer des projets de développement. La restructuration en cours pourrait donc avoir un impact significatif sur les flux de financement dans les secteurs sociaux, humanitaires et de développement, dans un contexte déjà marqué par des défis sécuritaires et économiques importants.
Les autorités nigériennes affirment que les ONG désormais autorisées devront s’aligner sur les priorités nationales de développement et respecter un cadre administratif renforcé.
Cette réorganisation marque une étape supplémentaire dans la volonté des autorités de reprendre le contrôle des partenariats internationaux, tout en redéfinissant le rôle des acteurs non étatiques dans l’économie du développement au Niger.