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‎Nigeria : Le Sénat adopte une réforme historique

‎Le Sénat nigérian a franchi une étape majeure dans la réforme du système sécuritaire du pays en adoptant, le 24 juin, un texte autorisant la création de forces de police dans chacun des 36 États de la fédération. Cette réforme, présentée comme la plus importante depuis près d’un siècle, vise à renforcer la lutte contre l’insécurité croissante qui touche plusieurs régions du pays.

‎Jusqu’à présent, le Nigeria disposait d’un unique corps de police national placé sous l’autorité du gouvernement fédéral à Abuja. Avec cette réforme, chaque État pourra mettre en place sa propre force de police afin de répondre plus efficacement aux défis sécuritaires locaux. ‎Les autorités justifient cette décision par le manque criant d’effectifs. Le pays compte moins de 400 000 policiers pour une population estimée à plus de 200 millions d’habitants. Dans certaines zones rurales, les populations doivent parcourir plusieurs dizaines de kilomètres avant d’atteindre le poste de police le plus proche. ‎Le gouvernement estime que la création de polices d’État permettra de rapprocher les forces de l’ordre des citoyens et d’améliorer la réponse aux enlèvements, au banditisme et aux attaques de groupes armés qui se sont multipliés ces dernières années. Les États seront notamment chargés du recrutement de leurs agents et du développement d’une police de proximité adaptée aux réalités locales. ‎La réforme ne remet toutefois pas en cause l’existence de la police fédérale. Celle-ci conservera ses prérogatives en matière de sécurité nationale et pourra intervenir lorsqu’un État se révélera incapable de faire face à une crise sécuritaire ou en cas de dysfonctionnements graves au sein d’une police locale.

‎Malgré les espoirs suscités par cette réforme, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer les risques d’abus. Des opposants craignent que certains gouverneurs n’utilisent ces futures forces de police à des fins politiques, notamment pour intimider leurs adversaires ou renforcer leur contrôle sur les institutions locales. Avant son entrée en vigueur, le texte devra encore être approuvé par les assemblées législatives d’au moins 24 des 36 États du pays. ‎Cette réforme intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu. Dans le nord du Nigeria, les forces de sécurité sont confrontées depuis plusieurs années à une insurrection jihadiste, aggravée par les incursions de groupes armés venus du Sahel et les activités de bandes criminelles. Le centre du pays reste marqué par des affrontements récurrents entre agriculteurs et éleveurs, tandis que le sud-est est le théâtre d’un conflit séparatiste de faible intensité. ‎Face à ces multiples défis, les autorités nigérianes espèrent que la décentralisation des forces de sécurité permettra de mieux protéger les populations et de renforcer la capacité de l’État à répondre aux menaces qui pèsent sur la stabilité du pays, rapporte Rfi.

Norbert MEGAN YAOVI

redacteur3.0

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