Au Festival de Cannes, une vive polémique oppose Canal+ à plusieurs figures du cinéma français. Maxime Saada, président du directoire de Canal+, a annoncé dimanche qu’il ne souhaitait plus collaborer avec les professionnels ayant signé la tribune « Zappons Bolloré », publiée lors de l’ouverture du festival.

Le texte, signé notamment par Juliette Binoche, Swann Arlaud, Jean-Pascal Zadi et Adèle Haenel, critique l’influence croissante du milliardaire conservateur Vincent Bolloré dans le secteur culturel. Les signataires dénoncent notamment le projet de Canal+ de prendre le contrôle total du réseau de cinémas UGC, craignant une concentration excessive des médias et une influence idéologique sur le cinéma français. Dans cette tribune, les auteurs alertent sur ce qu’ils considèrent comme une menace pour la diversité culturelle et l’indépendance artistique, évoquant même un risque de « prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif ». Selon Maxime Saada, l’hostilité affichée envers Canal+ pendant certaines projections à Cannes — allant des sifflets jusqu’à des insultes visant Vincent Bolloré — a rendu la situation intenable. Lors d’un événement organisé par Canal+, il a déclaré avoir vécu cette pétition comme une attaque injuste contre les équipes de la chaîne, estimant être implicitement qualifié de « crypto-fasciste ». Il a ainsi affirmé ne plus vouloir travailler avec les signataires du texte.
Cette position est perçue par certains observateurs comme une forme de mise à l’écart ou de « liste noire ». De leur côté, plusieurs signataires contestent cette interprétation. Le réalisateur Arthur Harari affirme que la tribune ne vise pas Canal+ en tant qu’acteur du cinéma français, qu’il considère essentiel au secteur, mais bien l’influence politique et médiatique de l’empire Bolloré. Il appelle également l’État à jouer son rôle de régulateur face à la concentration des pouvoirs dans les médias et la culture. Le collectif « Zappons Bolloré » estime enfin que les déclarations de Maxime Saada renforcent leurs inquiétudes concernant l’indépendance future de Canal+.
Norbert MEGAN YAOVI