Au Gabon, une déclaration du président Brice Clotaire Oligui Nguema relance le débat sur la place des traditions dans la gouvernance publique. Lors d’un déplacement dans le Haut-Ogooué, le chef de l’État a évoqué son intention de revenir avec son gouvernement pour l’initier au Ndjobi, une institution traditionnelle et initiatique présente dans certaines communautés gabonaises.
La déclaration du président gabonais, largement relayée sur les réseaux sociaux, a suscité de nombreuses réactions. Certains y voient une volonté de renforcer la probité des responsables publics en s’appuyant sur les valeurs traditionnellement associées au Ndjobi, notamment la responsabilité, la discipline et le respect de la parole donnée.
Toutefois, aucune décision officielle ne permet, à ce stade, d’affirmer que les membres du gouvernement devront prêter un nouveau serment dans le cadre du Ndjobi. La prestation de serment des responsables publics reste encadrée par les dispositions constitutionnelles en vigueur.
La tradition face au défi de la corruption
La référence au Ndjobi intervient alors que la lutte contre la corruption constitue l’un des enjeux affichés par les autorités gabonaises. Depuis son arrivée au pouvoir, Brice Clotaire Oligui Nguema a régulièrement affirmé sa volonté de lutter contre la corruption, le laxisme et les mauvaises pratiques au sein de l’administration.
Dans certaines communautés gabonaises, le Ndjobi est présenté comme une institution traditionnelle reposant sur des règles de conduite et des mécanismes de régulation sociale. Cette dimension alimente l’idée qu’il pourrait, sur le plan symbolique, contribuer à promouvoir davantage de responsabilité chez les dirigeants.
Mais l’évocation d’une initiation ne signifie pas pour autant la création d’un nouveau mécanisme juridique. La déclaration présidentielle, à elle seule, ne permet pas de conclure à une modification du serment ministériel ou à l’instauration d’une procédure obligatoire pour les membres du gouvernement.
Un débat plus large sur les traditions
Au-delà de la polémique gabonaise, cette sortie présidentielle pose une question plus générale : quelle place les traditions africaines peuvent-elles occuper dans la gouvernance moderne ? Dans plusieurs sociétés africaines, la parole donnée, la responsabilité devant la communauté et les mécanismes coutumiers ont longtemps joué un rôle dans la régulation des comportements. Leur articulation avec les institutions républicaines soulève cependant des questions juridiques et constitutionnelles.
Au Gabon, le débat porte donc moins, pour l’heure, sur un éventuel remplacement du serment républicain que sur la possibilité d’intégrer certaines références traditionnelles à la réflexion sur l’éthique publique. Pour l’instant, le cadre officiel demeure celui de la Constitution. Quant à la place que pourrait occuper le Ndjobi dans la gouvernance, elle reste à préciser.