La République démocratique du Congo est de nouveau confrontée à une situation difficile dans sa lutte contre Ebola. À Kisangani, le décès du docteur Victor Kingombe, contaminé alors qu’il soignait des patients dans une zone touchée par l’épidémie, suscite une vive émotion au sein du corps médical.
Le docteur Victor Kingombe est décédé jeudi dans un centre de traitement d’Ebola à Kisangani, dans la province de la Tshopo. Médecin interniste, il avait contracté le virus alors qu’il était engagé dans la prise en charge des malades. L’annonce de sa disparition par le syndicat des médecins a profondément affecté ses collègues et ses proches.
À proximité du centre de traitement, des professionnels de santé se sont réunis pour accompagner leur collègue. Protégés par des équipements de protection individuelle, les agents de santé ont procédé à la mise en bière dans le strict respect des protocoles sanitaires. L’émotion était également forte à l’extérieur du centre. En larmes, la docteure Agnès Kalokola, collègue du défunt, a salué la mémoire du médecin. « Notre médecin interniste est parti. Docteur Victor, pourquoi ? Pourquoi, docteur ? », a-t-elle déclaré.
Une épidémie toujours préoccupante
Kisangani a enregistré ses premiers cas d’Ebola à la fin du mois de juin. Le centre de traitement où Victor Kingombe a été pris en charge avait ouvert moins de deux semaines avant son décès. Alors que la progression de l’épidémie semble ralentir en Ituri, considérée comme l’épicentre de la flambée, la situation reste préoccupante dans plusieurs provinces voisines. Au Nord-Kivu, les contaminations ont notamment progressé de 73 % en trois semaines, selon les données du bilan de l’épidémie. La riposte est compliquée par plusieurs facteurs, notamment l’insécurité, les déplacements de populations, les mouvements importants de personnes et une grève des personnels de santé.
La défiance complique la riposte
Les équipes sanitaires doivent également faire face à la méfiance d’une partie de la population. Des centres de traitement ainsi que des équipes chargées des inhumations ont été pris pour cible à plusieurs reprises. La propagation de rumeurs alimente par ailleurs les doutes sur l’existence même de la maladie.
Présent aux funérailles du médecin, le vice-gouverneur de la Tshopo, Didier Lomoyo Iteku, a appelé la population à prendre la menace au sérieux. « Cette maladie est réelle. Voici un médecin qui était ici pour essayer de sauver des vies et qui lui-même en a été victime », a-t-il déclaré. Pour renforcer la protection des personnels exposés, la RDC a lancé en août une campagne de vaccination des professionnels de santé à Kisangani avec le vaccin Ervebo, développé contre la souche Zaïre du virus Ebola.
La flambée actuelle étant liée au virus Bundibugyo, des recherches sont menées afin d’évaluer l’efficacité de différentes stratégies de protection et de traitement. Des essais sont notamment conduits dans plusieurs régions du pays. Le décès de Victor Kingombe rappelle ainsi les risques encourus quotidiennement par les agents de santé engagés dans la riposte. Alors que le virus continue de circuler dans certaines provinces, la lutte contre Ebola repose autant sur les moyens médicaux que sur la confiance des populations envers les équipes sanitaires.