Le Maestro de la musique africaine, Boncana Maïga, s’en est allé le samedi 28 février 2026 à Bamako, au Mali. L’homme a consacré toute sa vie à la musique et a réussi à donner de la gloire à plusieurs artistes sur notre continent.
Boncana Maïga est né en 1948 à Gao, dans le nord du Mali. Tout le prédestinait à devenir un agent comptable, selon la volonté de sa mère. Mais Boncana avait choisi la musique. À 16 ans, il crée son premier groupe musical dénommé « Negro Band », qui participait aux soirées.
Le premier président du Mali, Modibo Kéita, socialiste et panafricaniste, signe un accord de coopération culturelle avec son homologue communiste cubain Fidel Castro. Ainsi, il envoie un premier groupe de jeunes musiciens à Cuba pour obtenir une formation solide en musique. Une dizaine de musiciens, dont Boncana Maïga, débarque en 1964 à La Havane, la capitale cubaine. Tous issus de milieux pauvres, ces jeunes étaient accueillis à Cuba comme de grandes personnalités. Le gouvernement cubain avait apprêté des véhicules officiels de l’État pour aller les accueillir à l’aéroport. Ils étaient hébergés à l’Hôtel de l’Amitié de La Havane, où ils étaient mis aux petits soins. Mais ils s’ennuyaient à longueur de journée sans être pris en compte dans la formation : pas de cours, pas d’enseignants. Ils ne parlaient pas non plus l’espagnol, la langue officielle de Cuba.
La vie à Cuba

Au bout de trois (03) mois de séjour, le président cubain Fidel Castro décide un soir de rendre visite en personne aux jeunes Africains pour s’enquérir de leurs nouvelles. Il était accompagné de quelques ministres de son gouvernement, dont Ernesto Che Guevara, qui lui servait d’interprète. Stupéfait de la situation, Fidel Castro prend des mesures urgentes et immédiates pour permettre aux jeunes Africains de démarrer leur formation dès le lendemain de sa visite.
Ils bénéficiaient de cours d’espagnol et de différents cours de musique. Après deux années de formation, les jeunes Maliens maîtrisaient déjà tous les compartiments de la musique et pouvaient exécuter merveilleusement toutes les musiques qui s’offraient à eux. Chacun d’eux avait appris à chanter, à utiliser des instruments de musique et le solfège. Boncana Maïga y apprend la guitare, le solfège et la flûte.
Boncana Maïga et ses camarades créent alors le premier orchestre africain à Cuba. Ainsi naissait le groupe Las Maravillas du Mali. Les membres de l’orchestre offraient des concerts un peu partout à La Havane. Ils décident d’enregistrer un premier disque 33 tours. Boncana Maïga compose la chanson « Rendez-vous chez Fatimata ». La Radio Progreso de La Havane ne cessait de diffuser les morceaux de l’album sur ses antennes. Le succès était au rendez-vous.
Les populations cubaines s’étonnaient du talent des jeunes musiciens maliens, qui chantaient et jouaient comme les artistes cubains. Le président Fidel Castro leur adressa sa fierté et ses vives félicitations. Comme une traînée de poudre, le succès de Las Maravillas avait envahi le Mali et toute l’Afrique. Le disque était vendu au Mali et dans les pays de la sous-région comme des petits pains.
À l’occasion de la célébration du 7e anniversaire de l’indépendance de la République du Mali en 1967, le président Modibo Kéita avait invité Las Maravillas pour trois (03) concerts les 21, 22 et 23 septembre 1967 à Bamako. Après ces festivités nationales, les membres du groupe étaient repartis à La Havane pour poursuivre leurs études.
L’année suivante, en 1968, un groupe de militaires, conduit par le lieutenant Moussa Traoré, renverse le président Modibo Kéita et s’empare du pouvoir. Ce dernier sera arrêté et mis en prison. Boncana Maïga et ses amis de Las Maravillas, loin du Mali, ne se rendaient pas compte que leur destin avait aussi basculé avec le changement de régime. Mais ils continuaient à travailler pour acquérir davantage de compétences afin de mériter le respect des mélomanes.
Ils multipliaient les concerts et étaient adulés par le public cubain. Les femmes ne se faisaient pas compter. Ils étaient devenus des anges que tout le monde voulait avoir à la maison. Grâce à la notoriété spontanée du groupe, certains parmi eux avaient célébré des mariages avec des femmes cubaines. Il y en a qui avaient mis au monde des enfants à Cuba.
Retour au Mali

À leur retour au Mali au début des années 70, le pouvoir avait déjà changé de main. Les militaires régnaient en maîtres au Mali. La politique de développement avait aussi littéralement changé.
Les anciens étudiants de Cuba voulaient se faire embaucher dans la fonction publique pour former les jeunes dans les écoles et les centres de formation. Ils avaient déposé leurs dossiers de recrutement, mais ceux-ci ont été confisqués par le gouvernement militaire. Les anciens étudiants étaient perçus comme des espions communistes à la solde de l’ancien régime. Personne ne voulait d’eux dans le pays.
L’inquiétude gagnait sérieusement l’ensemble du groupe. Ils ne comprenaient pas comment l’État, qui avait investi sur eux pour cette formation durant plusieurs années, pouvait se détourner d’eux ainsi. Ils étaient revenus au Mali avec des diplômes de cadres supérieurs d’études musicales.
Salif Keïta, le musicien albinos malien, dira plus tard : « Moussa Traoré n’aime pas la musique, sa femme non plus. » C’est dans un film documentaire sur Boncana Maïga et Las Maravillas intitulé « Africa Mia » du réalisateur et producteur français Richard Minier, projeté à Cotonou le vendredi 12 mai 2023 lors de la célébration des 50 ans de carrière du Maestro Boncana Maïga.
Ne pouvant plus supporter ce mauvais traitement à son égard, Boncana Maïga était allé retirer en catimini son diplôme et ses autres pièces au ministère de la Fonction publique, un dimanche, jour non ouvrable, en complicité avec le gardien de l’institution.
L’épopée d’Abidjan

Boncana Maïga et la Radio Télévision Ivoirienne (RTI).
Une nouvelle vie à Bamako
