Trente-sept ans après la répression sanglante du mouvement démocratique de la place Tiananmen, la mémoire des événements du 4 juin 1989 continue d’être étroitement surveillée en Chine. À Hong Kong, autrefois principal lieu de commémoration de cette date symbolique, les autorités ont renforcé les restrictions au nom de la sécurité nationale, réduisant considérablement l’espace d’expression des militants pro-démocratie.

Pendant plusieurs décennies, le parc Victoria était devenu le cœur des veillées organisées en hommage aux victimes de Tiananmen. Chaque année, des milliers de personnes s’y rassemblaient à la lueur des bougies pour réclamer vérité et justice. Mais depuis l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale en 2020, imposée par Pékin, ces rassemblements sont interdits. La censure s’étend désormais à de nombreux symboles liés à l’événement. Selon des organisations de défense des droits humains, l’affichage de la date du massacre, notamment sous la forme des chiffres « 89-6-4 », peut attirer l’attention des autorités. Des citoyens arborant ces chiffres sur une plaque d’immatriculation ou dans l’espace public risquent d’être interrogés ou surveillés par la police. « Ces chiffres évoquent immédiatement le 4 juin 1989. Ce type de contrôle existait déjà en Chine continentale et s’est désormais imposé à Hong Kong », explique Yalkun Uluyol, chercheur spécialiste de la Chine au sein de Human Rights Watch.
Au fil des années, le paysage mémoriel de Hong Kong s’est profondément transformé. Les veillées annuelles ont disparu, le musée consacré à Tiananmen a fermé ses portes et plusieurs militants ont été arrêtés. L’Alliance de Hong Kong, organisation historique à l’origine des commémorations, a été dissoute sous la pression des autorités. Deux de ses principaux dirigeants, Lee Cheuk-yan et Chow Hang-tung, sont actuellement poursuivis pour « incitation à la subversion ». Ils encourent jusqu’à dix ans de prison. Les organisations de défense des droits humains dénoncent une utilisation de la législation sécuritaire pour réduire au silence les voix dissidentes et les opposants politiques. Malgré ces restrictions, certains habitants continuent de rendre hommage aux victimes de manière discrète. Dans le parc Victoria, quelques bouquets de fleurs et ornements en papier apparaissent encore çà et là, témoignant d’une volonté persistante de préserver la mémoire d’un événement que les autorités cherchent à effacer de l’espace public. Trente-sept ans après Tiananmen, Hong Kong semble ainsi avoir perdu son statut de refuge pour la mémoire du mouvement démocratique chinois, tandis que la censure et le contrôle politique continuent de se renforcer sous l’influence de Pékin, rapporte Rfi.
Norbert MEGAN YAOVI