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Pologne : La rue réclame une libéralisation du droit à l’avortement

Malgré un vote des députés en faveur de la dépénalisation de l’aide à l’avortement et du rétablissement de l’IVG en cas de malformation grave du fœtus, la libéralisation du droit à l’avortement reste incertaine en Pologne. Jeudi 22 octobre, des manifestations ont eu lieu dans une vingtaine de villes pour dénoncer les promesses non tenues du gouvernement de Donald Tusk.

Sous une pluie battante, des manifestants brandissent des cartons rouges au-dessus de leurs parapluies. À Varsovie, la colère est palpable. « Monsieur le Premier ministre Donald Tusk, vous êtes un amateur de football. Vous savez ce que signifie un carton rouge ! », lance une manifestante, sous les applaudissements de la foule. Nombre de personnes mobilisées avaient soutenu la coalition de Donald Tusk lors des élections de 2023, espérant une réforme du droit à l’avortement, promise pendant la campagne. Mais trois ans plus tard, la déception domine. « Ce carton rouge est un signal adressé à nos politiciens : nous, les femmes, ne restons pas indifférentes à la façon dont on nous prend pour des idiotes », dénonce Amelia, interrogée par le correspondant à Varsovie.

Pour Zofia, qui manifeste depuis dix ans en faveur de la libéralisation de l’IVG, les mesures récemment votées ne constituent pas une véritable avancée. Elles représenteraient plutôt, selon elle, un retour à la situation antérieure à la décision du Tribunal constitutionnel du 22 octobre 2020, qui avait supprimé la possibilité d’avorter en cas de graves malformations du fœtus. Avant cette décision, ce motif concernait 98 % des avortements légaux pratiqués dans le pays. La manifestante doute également de l’entrée en vigueur des nouvelles dispositions, estimant que le président Karol Nawrocki pourrait y opposer son veto.

Une réforme freinée par les divisions politiques

Dans ce pays de tradition catholique, l’avortement demeure légal uniquement lorsque la grossesse résulte d’un viol ou d’un inceste, ou lorsqu’elle représente une menace pour la vie ou la santé de la femme enceinte. Malgré ses engagements électoraux, le gouvernement de Donald Tusk peine à faire aboutir une réforme plus large, en raison des divergences au sein de sa coalition. « Nous exigeons la dépénalisation et l’accès à l’avortement par le système de santé public », ont rappelé les organisateurs des rassemblements. La décision constitutionnelle de 2020 avait provoqué une vague de protestations d’une ampleur exceptionnelle à travers la Pologne, parmi les plus importantes mobilisations populaires depuis la chute du régime communiste.

Les chiffres témoignent également des difficultés d’accès à l’IVG. Selon le Fonds national de santé polonais (NFZ), 573 avortements ont été réalisés dans les hôpitaux publics au premier semestre 2026, contre 851 sur l’ensemble de l’année 2025. Toute nouvelle tentative de libéralisation devrait toutefois se heurter à l’opposition du président conservateur-nationaliste Karol Nawrocki, soutenu par le parti Droit et Justice (PiS), à l’origine du durcissement de la législation sous son précédent passage au pouvoir. Malgré les mobilisations et les engagements politiques, le combat pour le droit à l’avortement reste donc loin d’être gagné en Pologne, dont la législation figure parmi les plus restrictives d’Europe, aux côtés de celle de Malte.

redacteur3.0

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