La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), mouvement catholique traditionaliste, procède ce mercredi 1er juillet à l’ordination de quatre nouveaux évêques sans l’autorisation du pape Léon XIV. Une décision qualifiée d’illicite par le Vatican, qui ravive les tensions entre Rome et cette communauté, trente-huit ans après les consécrations épiscopales de 1988 à l’origine du schisme.
La cérémonie se tient à Écône, en Suisse, berceau historique de la Fraternité fondée par l’archevêque français Marcel Lefebvre. Une messe solennelle en latin, célébrée en plein air, doit réunir près de 15 000 fidèles. Les quatre nouveaux évêques, originaires de France, des États-Unis et de Suisse, y reçoivent la consécration épiscopale sans mandat pontifical.
Une décision justifiée par la Fraternité
La FSSPX explique cette initiative par la nécessité d’assurer la continuité de sa mission. Elle affirme ne disposer actuellement que de deux évêques en activité, un nombre jugé insuffisant pour répondre aux besoins de son expansion à travers le monde. La communauté revendique environ 600 000 fidèles, 751 prêtres, 264 séminaristes et près de 800 lieux de culte répartis dans 77 pays. Malgré cette présence internationale, elle demeure largement minoritaire au sein de l’Église catholique, qui rassemble près de 1,3 milliard de fidèles.
Le Vatican lance un ultime appel
À la veille des ordinations, le pape Léon XIV a tenté une dernière médiation. Dans une lettre datée du 29 juin 2026, il a demandé aux responsables de la Fraternité de suspendre les consécrations afin de préserver l’unité de l’Église. Le souverain pontife reconnaît l’attachement de nombreux membres de la Fraternité à la tradition catholique, mais les exhorte à renoncer à une initiative qu’il considère comme une grave atteinte à la communion ecclésiale. Il rappelle notamment que « déchirer la tunique sans coutures du Christ est un péché d’une extrême gravité », soulignant l’importance de l’unité autour de l’autorité du pape. Malgré cet appel, le supérieur général de la Fraternité, l’abbé italien Davide Pagliarani, a confirmé le maintien des ordinations. Il affirme que son mouvement ne se considère « ni schismatique, ni hostile à l’Église ».
Une rupture qui ravive le souvenir de 1988
Selon le droit canonique, la consécration d’évêques sans mandat pontifical constitue un acte illicite pouvant entraîner l’excommunication automatique des évêques concernés et être qualifiée d’« acte schismatique ». Cette nouvelle crise rappelle les événements de 1988, lorsque Marcel Lefebvre avait consacré quatre évêques à Écône contre la volonté du pape Jean-Paul II. Cette décision avait conduit le Vatican à déclarer la Fraternité en situation de schisme. Au cœur du différend demeure le rejet, par les membres de la Fraternité Saint-Pie X, de plusieurs orientations issues du concile Vatican II, notamment en matière de dialogue interreligieux, d’œcuménisme et de réforme de la liturgie. Pour le Saint-Siège, ces enseignements font partie intégrante du magistère de l’Église et ne peuvent être remis en cause. En procédant à ces nouvelles ordinations malgré les avertissements du Vatican, la Fraternité Saint-Pie X ouvre un nouvel épisode de tensions avec Rome, compromettant davantage les perspectives de réconciliation engagées depuis plusieurs décennies, rapporte Rfi.
Norbert MEGAN YAOVI