Le Sénat zimbabwéen a adopté mercredi, à une large majorité, la réforme constitutionnelle controversée qui permettra au président Emmerson Mnangagwa de demeurer au pouvoir jusqu’en 2030. Après son approbation par l’Assemblée nationale le 18 juin dernier, le texte franchit ainsi une nouvelle étape décisive avant son entrée en vigueur.
Selon la présidente du Sénat, Mabel Chinamona, 75 sénateurs ont voté en faveur du projet de loi, tandis que quatre seulement s’y sont opposés. La réforme doit désormais être promulguée par le chef de l’État. Âgé de 83 ans, Emmerson Mnangagwa dirige le Zimbabwe depuis 2017, après la chute de l’ancien président Robert Mugabe lors d’une intervention politique soutenue par l’armée. Grâce à cette modification constitutionnelle, son mandat sera prolongé de deux années supplémentaires, portant à douze ans sa présence à la tête du pays.
Au-delà de l’extension des mandats présidentiel et parlementaire, la réforme introduit un changement majeur dans le système politique zimbabwéen. Le texte prévoit en effet la suppression de l’élection présidentielle au suffrage universel direct, instaurée en 1987. À l’avenir, le président de la République sera désigné par les parlementaires. Le parti au pouvoir, la ZANU-PF, défend cette révision constitutionnelle en affirmant qu’elle vise à renforcer la stabilité politique et institutionnelle du pays. L’opposition, en revanche, dénonce un « coup d’État constitutionnel » destiné à consolider l’emprise du pouvoir en place. Les opposants affirment également avoir subi des pressions et des actes d’intimidation au cours du processus. Leur figure de proue, Tendai Biti, ancien ministre des Finances et critique du régime, avait été arrêté en mars dernier, alimentant les inquiétudes quant au respect des libertés politiques dans le pays. Cette réforme marque un tournant important dans l’évolution institutionnelle du Zimbabwe et suscite déjà de vifs débats sur l’avenir de la démocratie dans cette nation d’Afrique australe, rapporte Rfi.
Norbert MEGAN YAOVI